24-08-2015 // Revue de presse Specimen 8

Merci à Jérôme Duwa et Entrevues pour la revue de presse suivante.

Specimen 8 capture l’écran

Sous la direction de Nina Léger, Specimen 8 mène l’enquête sur quelques significations et enjeux de l’écran dans les arts du visible, comme dans nos pratiques digitales contemporaines. Parce qu’il fait barrage, l’écran inspire le désir de le traverser. Parce qu’il ouvre au domaine du flux, du fluide, il génère des fantasmes et des dispositifs de capture. Au moins deux grandes scènes théoriques s’en trouvent alors ouvertes. L’une plutôt freudienne, l’autre plutôt bergsonienne avec son prolongement deleuzien, mais les deux communiquent naturellement, comme en témoignent diverses contributions de la revue.

L’article particulièrement vivifiant de Philippe-Alain Michaud analyse l’aquarium comme écran liquide en donnant de nombreux exemples, des ultimes Nymphéasde Monet à Locus Solus de Raymond Roussel : ainsi, notre désir de nous absorber dans la contemplation d’un « diorama liquide » se vérifie par les fantasmes d’écrivains ou d’artistes, comme dans notre plaisir à participer par l’esprit au mouvement souple et puissant du poisson observé derrière une vitre. De même, Solaris de Tarkovski relève d’une aspiration à s’emparer de l’élément fluide par la méthode de la surimpression, s’opposant à celle du montage défendue par Eisenstein.

Sous certaines conditions, l’écran qui sépare peut réfléchir un fragment de la réalité en formant une image aussi crédible que le rideau peint par Parrhasius, lequel trompa Zeuxis lui-même. Le peintre des fameux raisins aussi vrais que nature demanda à son rival de tirer le rideau censé dissimuler sa peinture ; pas plus que les pigeons, il n’avait su distinguer le vrai de l’artifice. Parrhasius n’a pas seulement dupé la nature, mais un artiste renommé qui s’est avéré incapable de deviner l’écran devant ses yeux. Cette étonnante histoire rapportée par Pline l’Ancien donne la mesure des difficultés de cette question recoupant celle de la représentation.

Mais quelle peut-être la fonction d’une copie si parfaite qu’elle annule l’image elle-même ? Permettre d’identifier l’original, affirme Gadamer exposé en contrepoint de Kant par Fred Guzda ; autrement dit, distinguer la différence entre la chose et sa représentation. La copie est alors nécessairement un écran qu’on perce à jour en toute conscience de la supercherie de Parrhasius.

La distance est grande entre cette clarification d’ordre philosophique et le cauchemar de Videodrome (1983). L’écran acquiert la sensibilité vibratile de la peau. Dans le film de David Cronenberg, il devient dévorant, tandis que nos écrans tactiles d’aujourd’hui ouvrent une nouvelle ère dans nos rapports aux surfaces de projection d’images en mouvement.

Après des évocations de multiples stratégies de l’écran, de sa sortie ou de sa subversion (Sugimoto, Fleischer, Lynch, Le Gac, Arbus, Greenaway…), Specimen souligne pour finir la matérialité essentielle, voire excrémentielle, des images numériques. Du Selfie au Belfie (si, comme moi vous l’ignoriez, il s’agit d’une forme très dégradée de la scène du Mépris avec cadrage serré sur chute des reins), nous voici, paraît-il, au « stade écranal du narcissisme ». N’y a-t-il pas là matière à s’inquiéter ?

Et pour ne pas quitter le corps de vue, ce numéro s’achève sur un grand entretien en rubrique « Foyer » consacré au jeune chorégraphe Noé Soulier. Ce dernier s’intéresse notamment à tous ces mouvements visant une fonction précise (comme ceux du monde du travail déjà explorés par R. Laban) qui acquièrent une dimension quasi magique, lorsque leur raison d’être utilitaire devient obscure au spectateur. Leur rationalité, en l’occurrence, faisait écran à leur appréciation esthétique.

Jérôme Duwa

Article à retrouver sur : http://www.entrevues.org/aufildeslivraisons/specimen-8-capture-lecran/

08-07-2015 // Appel à contributions Sp.9

Le Specimen 9 est lancé au milieu de la trinité Crash, Splash, Boum

Lire l’appel à contributions au format .pdf

Date limite d’envoi : 02 novembre 2015

Adresse : revue.specimen(at)gmail.com

S P E

C I M

E N 9 

Crash, Splash, Boum

appel à contributions – no.9, année 2016

jusqu’au 2 novembre 2015

Crash, ou la rencontre vive de deux solides qui se retrouvent désorganisés l’un par l’autre : accidents routiers, blessures, chocs sportifs, etc.

Splash, ou un liquide qui vient s’étaler sans calcul sur une surface, ou la surface liquide perturbée par la chute d’un solide malvenu. C’est autant la peinture lancée, le pavé dans la mare, que le train de la fête foraine fonçant dans l’eau.

Boum, ou l’explosion interne, un solide qui se fragmente en tous sens ou un son sourd répété. C’est l’avenir présumé d’un colis qu’on nous annonce suspect autant qu’un son entêtant, qu’un pétard d’enfant ou que le métronome du film d’action.

La matière et le subit

Ici, le commun des trois mots est dans la soudaineté, la précipitation, la violence. Ils disent les événements, qu’ils soient accidentels ou intentionnels, appliqués ou hasardeux, d’une matière qui ne se meurt pas, qui ne se décompose pas, qui ne pourrit ni ne se gâte ; mais une matière qui jaillit, éclabousse, explose, éclate, s’entrechoque, cogne, claque, retentit, etc. À la différence de l’usure, du vieillissement, crash, splash ou boum désignent des dynamiques – provoquées volontairement ou non – où la matière se fait et se défait vite : par un télescopage solide ou liquide, ou par une explosion. Selon sa constitution, selon ce qu’elle rencontre ou ce qu’on lui fait rencontrer, la matière subit de multiples bouleversements.

C’est cette modalité des compositions et recompositions de la matière, non plus patiemment travaillée et organisée, mais soumise au changement aléatoire, inopiné, subit, que le présent appel à contribution souhaite explorer.

Plusieurs raisons pourraient expliquer que l’on s’attarde sur cette brutalité. Certaines pratiques contemporaines ont en effet indéniablement recomposé les techniques comme les institutions, et ont ainsi conduit à reconsidérer l’usage de la matière. Celle-ci, par ce qu’elle a de primitif, persiste à demeurer fascinante.

De l’apprivoisement à l’extension de la matière

Après des siècles d’apprivoisement (voire d’assujettissement) de la matière – surtout picturale et sculpturale – à des fins de représentation, celle-ci est devenue un élément central de la pratique artistique en tant que radicalité. L’extension de son domaine, sa libération, corollaire notamment d’une volonté de libération des formes, font d’elle un objet de pensée et d’art central. Le principe d’agencement de la matière, accusé d’être au fond principe de domination, se trouve régulièrement remis en question : que ce soient des matières non nobles à qui l’on rend droit d’exposition et de regard, ou le corps humain lui-même – matière fascinante en perpétuelle recomposition – devenu objet même d’expérimentation, nombreux sont les exemples qui témoignent d’une volonté d’affranchir la matière et de lui rendre une place et un pouvoir premiers.

Voir les transformations

Il peut s’agir aussi, dans une autre perspective, d’étendre le domaine de matière.

Aurions-nous d’autres / yeux plus forts – nous / pourrions – comme les rayons X – / voir nues / nos mèches – le squelette – / Aurions-nous d’autres yeux / – nous pourrions voir / l’extérieure enveloppe / de la flamme – et nous aurions / sûrement d’autres formes[1]

Longtemps, comme scientifiques, artistes et spectateurs, nous l’avons en effet abordée sans filtre technologique, sans dispositif de vision ou d’écoute autre que nos yeux et nos oreilles, et nous ne pouvions alors douter que ce qui fait crash à nos yeux nus peut aussi faire splash ou boum en slow-motion, à une macro-échelle ou à un niveau d’écoute hypersensible. À d’autres organes de perception, d’autres métamorphoses de la matière, d’autres perceptions et d’autres oppositions. La matière cellulaire peut ainsi, comme dans l’apoptose, mourir, imploser pour permettre à l’organisme de continuer de vivre. Ainsi, à des yeux et des oreilles contemporains, que l’on suréquipe parfois, crash, splash et boum peuvent changer de forme.

Dire les transformations

Ou encore : crash, splash et boum sont parmi les premiers mots qui viennent à la bouche pour décrire un événement matériel catastrophique ; ce sont donc les images immédiates de l’événement qu’un tel triptyque pourrait se proposer d’explorer. Au cœur de l’onomatopée demeure en effet la dynamique originelle du mouvement décrit, mais une dynamique que la parole articulée n’a pas encore apprivoisée, qu’elle ne sait pas encore dire, dont elle ne peut encore tout à fait expliquer le principe ou la forme. Se donne donc une manifestation directe, semble-t-il presque par elle seule. Il y a dans ces onomatopées l’immensité du mot unique et informe pour l’événement. L’onomatopée ne peut que s’arrêter à dire l’indétermination, et témoigner d’un mouvement intouché, manifesté tel, livré dans le bruit fruste. Ce pourrait donc être cette saisie primitive d’une transformation soudaine que crash, splash et boum décriraient synthétiquement – impliquant conséquemment, aussi, la question du témoignage : après la perturbation, que demeure-t-il, et de quoi témoigner ? de ce qui reste ? de ce qui naît ? de ce qui a disparu ?

Ces raisons, qui sont autant de pistes pour le contributeur, ne sont bien évidemment pas les seules que l’on puisse invoquer pour justifier l’intérêt d’un thème tel que : « Crash, splash, boum ». D’autres existent, que Specimen accueillerait avec joie.

L’inexclusivité de ce qui précède

Mais, pour être dit encore autrement, mais non exclusivement : « Crash, splash, boum », ce pourrait être la trinité de la transformation de la matière et par la matière, permettant ainsi d’entrer dans l’histoire des matières en art ; dans les matières contemporaines et leur hybridation ; dans les pratiques quotidiennes de la transformation de la matière (cuire, croquer, mâcher) et leurs implications anthropologiques ; dans les nouveaux dispositifs de vision (lunettes, écrans, réalité augmentée) ; tout comme dans l’ouverture des institutions aux arts non classiques. Ce pourrait être aussi l’annonce, qui copie son sujet, du bruit et du son dans leur représentation primitive, que cela concerne au cinéma comme au théâtre, les raisons et modalités du bruitage ou du non-bruitage comme de l’augmentation du son ; les bruits de fureur associés aux hétérotopies (casino, fêtes foraines, …) ; le son que certains dénoncent parfois comme un boum boum mais qui fait phénomène car il fait danser des millions de personnes, parfois des milliers dans un même lieu, et inspire même certaines groupes en expérimentation ; ou encore le domaine de l’infans en art : le langage inarticulé, pauvre ou en acquisition, notamment dans le domaine musical avec les contines, les ballades ou les formes musicales primitives, leurs fonctions sociales, culturelles et artistiques.

L’extensibilité d’une trinité

Ainsi, au-delà de tous ces exemples, ces trois « termes » nous ont paru représentatifs d’un spectre assez large pour ne pas avoir à être entièrement formulé. Car ce pourraient en être quelques autres aussi que, par souci d’économie, nous avons exclu au moins dans notre formulation. Libre au contributeur d’en trouver d’autres, de les déplier et d’étudier ces différentes brusqueries auxquelles la matière est soumise. L’approche du thème proposé est donc laissée au soin du contributeur. Que celui-ci choisisse de s’obstiner strictement sur un seul des trois mots, qu’il tente de trouver un sens ou une logique au triptyque ou simplement un lien entre deux de ces mots, ou encore qu’il tente de dépasser « Crash, splash, boum » pour proposer d’autres bruits, et l’appel se trouvera rempli.

Revue « d’art et d’essai », Specimen ne demande qu’une chose : que des œuvres, des mouvements, des pratiques, des écoles, des figures ou des cultures artistiques trouvent une place privilégiée au sein de la réflexion – que cela soit en tant qu’objet, exemple ou prétexte. Une forme étant ce qui se regarde et l’art étant principe d’agencement – aussi désordonné cet agencement souhaite-t-il paraître –, il est naturel que des mots qui disent la déformation puissent susciter des réflexions. Comme ce que sa formulation décrit, ce que cet appel souhaite rassembler ne sont pas des objets, des termes ou des conclusions, mais la dynamique la plus vive possible.

Les contributions, de 20 000 signes maximum (espaces compris), sont à envoyer avant le 2 novembre 2015, accompagnées d’une brève biographie, à l’adresse suivante : revue.specimen@gmail.com (Nota bene : Nous attirons votre attention sur la nouvelle adresse électronique à utiliser. En raison de problèmes de messagerie, l’adresse utilisée par le passé n’est plus valide.) Pour toute question, n’hésitez pas à nous contacter à cette même adresse. Pour consulter les derniers numéros de la revue : www.specimen-la-revue.fr

Ci-après : Normes typographiques

 

S P E

C I M

E N 9 

Normes typographiques

Afin de faciliter le travail du comité et de la graphiste, merci de bien vouloir prendre en compte les normes typographiques suivantes pour la composition de vos articles :

Format d’envoi. Document Word (.doc, .docx)

Signes. 20 000 maximum (espaces inclus)

Accentuation. Mettre les accents aux majuscules. Ex. : À, Était, …

Appel de note. Avant la fermeture des guillemets et avant l’accentuation. Ex. : « … à deux3. »

Guillemets. On utilise les guillemets français « … », et les guillemets anglais pour une citation dans la citation « “…” ». Si la citation est constituée d’une phrase complète et autonome, on commence par une majuscule et on met la ponctuation finale avant les guillemets fermants. Dans le cas contraire, la ponctuation se place après les guillemets.

Note bibliographique. Prénom Nom, Titre, Ville, Édition, AAAA, Page

Note d’œuvre. Prénom Nom, Titre de l’œuvre (AAAA), Dimensions, Ville et lieu d’exposition et/ou ville et lieu de conservation

Espaces. Les espaces insécables se mettent avant les signes de ponctuation doubles (: ; ? !) et à l’intérieur des guillemets « … ».

Droits de reproduction. Les auteurs sont invités à faire les démarches d’autorisation de reproduction des images qu’ils souhaitent publier. Les droits sont pris en charge par la revue dans la mesure de ses capacités financières. En cas de difficultés ou de questions sur la procédure, contacter la rédaction.



[1] Edvard Munch, and Frank Høifødt. The Private Journals of Edvard Munch: We Are Flames Which Pour Out of The Earth. Translated in French from J. Gill. Madison (Wis.), United States: University of Wisconsin Press, 2005, p. 67.

 

09-04-2015 // Specimen diffusé dans plus de 20 librairies

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Le Specimen 8, première édition de la revue à disposer du soutien du Centre National du Livre, est désormais diffusé dans plus de 20 librairies en France, ainsi qu’à Bruxelles. L’ensemble des librairies est disponible ici. Si vous n’habitez pas à proximité de l’une d’entre elles, la revue peut être commandée en ligne, de manière fort simple et sécurisée.

Au compte de ces librairies, on trouve notamment des librairies de galeries (0fr, Yvon Lambert, Perrotin), des librairies spécialisées ainsi que de nombreuses institutions culturelles. Pensez ainsi, au détour d’une visite d’exposition, à parcourir les rayons de ces lieux qui, souvent, font une place de choix aux revues de la petite édition : le Palays de Tokyo, le CentQuatre (104), le Centre Pompidou, le Jeu de Paume, la Gaîté Lyrique, à Paris ; le MAC et l’IAC à Lyon.

11-07-2014 // Sp. vu par La Croix

In La Croix, 11 juillet 2014, p.14

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20-06-2014 // Sp. vu par le Cahier Critique de Poésie

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In Cahier Critique de Poésie 27 (mars 2014), p.282

Specimen – N°06 – 64 p., 6,00€

« Par les mediums interrogés et la diversité des angles d’attaque, la revue ne se donne qu’une contrainte : évoquer et rafraîchir ce qui, dans l’art, nous meut. » À sa lecture, deux adjectifs forts viennent à l’esprit : éclectique et roboratif. Les domaines du poème (Très tôt chanson à perte de Flora Souchier), de la prose d’invention, du travail du comédien (Laurent Cazanave), de la photographie (Lignes de Céleste Haller), de la peinture patrimoniale (Gauguin et l’angoisse du Temps rapproché du travail cinématographique de Chris Marker; Michel Leiris, Hans Arp et Carl Einstein confrontés aux boliw, dieux agrégats de pleine terre du Bénin etdu Mali), jusqu’aux expériences contemporaines d’art participatif, sont abordés dans ce numéro, sans oublier l’architecture avec Louis Isadore Kahn (USA, 1901-1974) et Adolf Loos (Autriche, 1870-1933) dont les théories sont analysées en parallèle par Hugo Dallacosta et Paul Ruellan. Le format ample et la qualité de l’iconographie font de cette revue un support particulièrement heureux pour une réflexion originale d’exigence.

17-06-2014 // Table-ronde avec Jean-Pierre Han et Jean-Loup Rivière

Capture d’écran 2014-06-20 à 10.21.14

Le 17 juin, entre 19h30 et 20h30, les éditions Tituli ont invité la revue d’art et d’essai Specimen pour une table ronde autour du thème « Une revue aujourd’hui : pourquoi et comment ». Poétiques, pratiques, éthiques : les questions soulevées seront discutées par Jean-Pierre Han – Critique / Directeur de la publication et rédacteur en chef de la revue d’art dramatique « Frictions », rédacteur en chef des « Lettres Françaises », et Jean-Loup Rivière – Professeur / Directeur de la revue « L’Autre Scène » de 1970 à 1976, puis des « Cahiers de la Comédie Française ».

La discussion a été précédée d’une présentation du numéro 7 de la revue Specimen, consacré à la figure (ou plutôt aux figures) de l’amateur. Détails ici :  http://www.specimen-la-revue.fr/numeros/

Mardi 17 juin. 19h30. 142, rue de Rennes, 75006.

Chaleureux remerciements aux éditions Tituli